Ici il fait Moscou
La pluie de minuit
Egrène un chapelet
De feuilles derrière la fenêtre
Ta voix entre mes doigts
Avant de disparaître
Fait naître des souvenirs
J'y plonge et je les suis

Je fête cette insomnie
Son vin au goût prunelle
Est âpre et brûlant
Comme la bataille des corps
Je veux que tu entendes
La pluie qui rit dehors
Avant que tu t'endormes
Avant que je t'appelle

                                        1993
&

La maladie des maladroits
Le malamour, la fièvre rouge
Qui réduit jusqu’au désert
Les conséquences des déluges

La peur qui brûle jusqu’aux entrailles
Le temps qui lèche les cicatrices
Les trains qui ont perdu les rails
S’oublient au fond des précipices

Toutes les malchances de “oser”
Pour les adeptes du courage
Portent les signes de ce malaise :
L’esprit se tue, le sang s’enrage.

                                        1994
&

B.P.

Quand la détresse d’automne me tourmente et me ment,
Je vois notre “je t’aime” écrasé par le temps.
Cet hiver - je le vois, sa douleur et ses pièges,
Nos visages étrangers, écorchés par la neige.

Prisonnier de son corps, mon amour perd son sang.
Chaque soir je me dis : “A demain, à tes mains”
Et j’ai soif de t’aimer, mais j’ai peur de boire…
Viens viens viens - me sauver.
Ou, au moins, me voir…

                                            1991
&

B.P.

Je suis la neige sous le soleil
Une rue qui attend son passant
Une âme perdue qui cherche ses ailes
L'aiguille qui dépasse le cadran
Toute ma violence est un violon
Une voix qui pleure
Les yeux qui rient
Les sons qui attendent leur frisson
L'envie cachée dans son abri
Je brise les glaces dans mon cerveau
Mais leurs éclats reflètent tes yeux
Je suis la bouche
Tu es mon eau
L'enfer qui se transforme en cieux

                                            1991
&

VERLAINE A MOSCOU

Tu es mon novembre
Le temps que je passe à te vivre
est lent et fragile comme le geste d’un humain en automne
Toujours malheureux
tu somnoles sur les pages de mes livres
Je berce ton silence sans comprendre tes songes monotones

Tu es mon novembre
Ma seule et dernière saison d’être
Le sel de mes jours et le poivre des nuits solitaires
Tu aimes le parfum de l’ennui
et les chants des chimères
Tu aimes conjuguer à l'envers
le verbe connaître

                                              2002